Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 10:43

« Mademoiselle ?

Oh, mademoiselle !

Hep,  vous, là-bas ! Vous êtes qui et vous faites quoi sur MA coursive ?

Vous venez voir un détenu ? Ça, je me doute bien que vous n’êtes pas là pour cueillir des champignons ! Encore que cela puisse se faire, en fonction du détenu que vous voulez rencontrer … Non, ne cherchez pas à comprendre.

Mais vous ne m’avez toujours pas dit qui vous êtes. Ah ? Vous êtes l’assist …. Heu,  la CIP ?

Alors là ma petite dame, comme vous êtes nouvelle dans cette prison, il va falloir que je vous affranchisse d’une petite chose : il ne faut jamais se promener sur ma coursive quand je ne suis pas là, même si un collègue vous ouvre la porte. Faut pas, point. C’est comme ça. Vous venez d’abord me cherchez. Si je ne suis pas là, je suis soit au café soit aux toilettes, de toutes manières c’est au même endroit. En plus, comme c’est moi qui ai les clefs des cellules, vous n’auriez pas été loin sans moi …

C’est vrai, on sait jamais ce qu’il peut se passer avec les détenus, et tout ce qui arrive sur ma coursive est sous ma responsabilité. Ça se passe comme ça dans la M.A. De plus, il me faut toujours savoir qui est présent ou pas dans mon couloir et ce qui arrive à chacune de mes « ouailles ». Cela me permet de gérer au mieux ma détention.

Que dites-vous ? Vous n’êtes pas une nouvelle mais vous êtes titulaire et affectée ici depuis deux ans déjà ? Et on ne s’est jamais rencontré ? C’est vrai que vous les CIP, passez beaucoup de temps devant vos ordinateurs ou à brasser des papiers et ne faites que des horaires de bureau … A ce propos, pourquoi êtes vous ici ? Vous avez perdu un pari avec vos collègues et c’est vous qui vous coltinez les « visites à domicile » ?

Pardon ? Je suis un sale QUOI ?

Bref, passons. Quel détenu venez vous voir et pourquoi ? Qui, lui ? Ah, vous venez voir « Malabar » !!

Pourquoi on l’appelle comme ça ? Mais non, ce n’est pas parce qu’il est baraqué et franchement patibulaire, c’est parce que dés que l’on pose les yeux sur lui, il se met à parler, à raconter sa vie, et on n’arrive plus à s’en défaire tellement il est collant. Un vrai chewing-gum. D’où le surnom de « Malabar ». En plus sa vie est d’une tristesse … à croire que tous les malheurs du monde lui sont déjà arrivés, et que bien entendu ce n’est jamais de sa faute. Toujours un concours de circonstances ou alors l’incompétence de son avocat ou la sévérité du juge. Classique quoi. Quand il commence à vous raconter sa vie, attendez-vous à un grand moment de solitude face à son monologue. C’est tellement long et fastidieux que « Guerre et paix » à coté fait figure de mode d’emploi pour un interrupteur.

C’est une bonne nouvelle que vous venez lui annoncer au moins ? Non, sa demande de PS pour raison familiale a été refusée ? Pfff … ça va le mettre dans un état … Enfin au moins, il arrêtera de m’emm… 8 fois par jour avec ça. Il recommencera juste à se plaindre sur un autre registre, en vous rajoutant dans la longue liste des gens qui ne l’aiment pas et qui lui en veulent. J’y suis aussi évidement.  

Dites, ça vous dirait de revenir le lui dire cet après midi plutôt ? Que ce soit mon collègue qui se tape la corvée ? Non ? Bon, tant pis.

Pardon ? Je ne suis pas charitable et je n’ai pas de cœur ? Si j’en ai un, je l’ai laissé dans mon casier avec mes effets personnels avant de prendre mon service, c’est tout.

Alors il va falloir prendre des pincettes pour le lui dire, et ne surtout pas vous laissez embarquer à l’écouter.

Comment ? Vous connaissez votre métier ? Je n’en doute pas, mais savez vous que ce détenu est sous « subu » et traité aussi par antidépresseurs ? Savez vous qu’il utilise une partie de son traitement comme monnaie d’échange avec les autres détenus et que du coup il est régulièrement en état de manque et qu’il pourrait ainsi réagir bizarrement ou violement à une réponse négative à une PS qu’il attendait comme le messie ?

Je les connais, je passe des jours, des mois, voire parfois des années avec eux, à leur contact. Je sais dans quel état moral ils sont, enfin j’essaie de le deviner.

Personnellement, j’ai pas envie de devoir gérer un détenu qui se coupe ou s’accroche ce matin suite à une mauvaise nouvelle, surtout que l’on est en sous-effectif. Je n’aurai pas le temps de garder une attention particulière sur lui.

 Cet après midi, l’effectif des surveillants sera complet, ainsi on pourra garder un œil sur lui plus efficacement et le placer en surveillance spéciale si l’officier le juge nécessaire. D’ailleurs, il faut que je le prévienne, et que j’indique votre visite et son motif dans le cahier de liaison.

En parlant de PS, c’est vous qui gérez le détenu Untel ? Parce qu’avec lui, sa PS a changé sa vie : il a ainsi pu aller à son entretien d’embauche. Et le réussir. Du coup, son comportement en détention s’est radicalement changé. Le jour et la nuit. Maintenant, il est poli avec nous, s’entraine à la ponctualité et à l’hygiène et fait même en sorte que l’on ne soit plus obligé de répéter 3 fois la même chose pour qu’il daigne enfin le comprendre. Il met aussi de la distance avec ses potes, ceux là même qui l’entrainent « vers le bas ». Je crois qu’il désire vraiment prendre un nouveau départ. Il lui fallait juste un petit coup de pouce, et tout à changé pour lui, ainsi que pour nous qui le surveillons. Espérons qu’il puisse obtenir son placement en semi-liberté afin de sortir d’ici au plus tôt. Peut-être que lui, on ne le reverra plus entre nos murs …

Mais si, faut y croire, on est en période de vœux, de miracles et de bonnes résolutions ! »

Par Karc'Hariad - Publié dans : En dehors des murs
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Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /Déc /2009 19:58

En cette période de fêtes de fin d'année, un petit billet léger, tinté d'humour mais toujours dans la réalité ...

Nous avons dit et redit, enfin écrit à plusieurs reprises que la pénitentiaire était une grande famille ...
Et bien comme dans toutes la familles, il existe des anecdotes, des ententes cordiales ou non, et beaucoup de mésententes !

Ce petit article c'est la vision que le CIP a du surveillant... Suivra une seconde partie très prochainement ( si, si, il me l'a promis ! ) de K'H avec la vision du CIP par le surveillant !

Les tous premiers pas que font les CIP avec les surveillants se passent à l'ENAP ( Ecole Nationale de l'Administration Pénitentiaire )

Quand un CIP arrive à l'ENAP, il ne connaît pas grand chose de la pénitentiaire, et encore moins du monde merveilleux des surveillants !
Mais s'il a de la chance, il tombe sur une promo de surveillants en fin de formation, prêts à aller au front et à échanger quelques conseils avec les jeunes padawans que sont les bébés CIP ...

On apprends alors que non les surveillants ne sont pas armés sur les coursives, oui ils connaisent le SPIP mais sur le terrain, d'après ce qu'ils ont pu voir pendant leur stage, les " vieux " surveillants appellent " ça " des assistantes sociales ...
Et la question du surveillant au bébé CIP : " mais vous faites quoi en vrai ? "... Euh c'est à dire que je suis à l'ENAP depuis 3 jours seulement ...

Et puis le temps passe, les promos se suivent et au bout de 8 mois, un an de formation, le bébé CIP est devenu un CIP junior avec derrière lui quelques jours de stage en uniforme de surveillants et deux stages en SPIP, rien que ça !

Alors c'est le CIP junior qui regarde horrifié un nouvel élève surveillant tout fraîchement arrivé, se balader avec son tout nouveau tout beau uniforme et demander très sérieusement quand on leur donnera les armes ?

Alors là, le CIP qui traîne gentillement dans la cour des résidences de l'ENAP engage la conversation avec ces nouveaux venus ( ben oui, nous c'est le social ! ) et tente d'expliquer que non, ils n'ont pas d'arme et non, ils ne peuvent pas utiliser la violence pour se faire respecter sur la coursive ...

Et là, THE question, " Mais CIP, ça veut dire Contrat d'Insertion Professionnel, c'est ça ? "
Alors là, patiemment on explique que non, que nous sommes nous aussi fonctionnaire du Ministère de la Justice et on tente d'expliquer notre rôle ...
Et là, c'est le drame! " Ah, en fait t'es assistante sociale " ...

Zen, restons zen ...

Finalement, on se retrouve sur les terrains et la situation n'est pas si différente !

Si on se retrouve dans un établissement très demandé par les surveillants, on est en général entouré de " vieux " agents qui ont connu les éduc' ou les assistantes sociales et qui on encore tendance à nous voir comme tels.

J'ai de la chance, je suis dans un établissement comme celui là mais les relations surveillants / CIP sont plutôt bonnes.
Bon, ok, j'avoue il y a parfois quelques prises de tête, compréhensibles.

Comme j'ai déjà pu le dire dans d'autres articles, nous sommes souvent coincés derrière notre bureau à faire différents rapports, et donc moins présents en détention.
Mais la détention tourne grâce aux surveillants. Et ils sont quotidiennement au contact de la population pénale qui vient très régulièrement leur demander s'ils peuvent appeler le SPIP pour savoir où en est le dossier de mariage, ou encore si on peut venir le voir pour un problème ultra urgent alors qu'ils n'ont qu'un papier à nous donner et qu'ils peuvent donc le faire par courrier ...

Je comprends tout à fait que le surveillant qui voit le détenu venir 10 fois dans la matinée pour poser la question ça peut agacer et donc il prend le téléphone pour joindre au plus vite le CIP, donner une réponse rapide, parfois loin d'être convaincante, mais rapide au détenu !

De notre côté, trois fois sur quatre, on a déjà répondu au détenu par courrier et fait passer le message par le surveillant de la veille ou du matin ... Alors au bout du troisième appel, quand on essaie de préparer une CAP ou de faire un rapport, là on craque et c'est le surveillant qui prend !

Je reste toujours cordiale et au final c'est le détenu qui repart déçu et pas le surveillant qui repart fâché contre le CIP.

Nos missions sont différentes mais pas antagonistes.
Chacun de nous avons accés  à des informations différentes sur les détenus et certaines décisions peuvent être mal comprises par l'un ou par l'autre, mais au final, comme dans toutes les familles, quand on " s'engueule " on se réconcilie autour d'un café lors de notre prochain passage en détention ! Et avec la discussion tout finit par s'arranger
!

Par CIP12 - Publié dans : En dehors des murs
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 12:13
Rapidement, juste parce qu'au milieu d'une matinée surchargée et d'un amoncellement de courrier, j'ai reçu une carte de voeux d'un de mes détenus.

C'est rien, mais qu'est ce que ça fait plaisir!!!

Bon, et bien au travail maintenant!
Par CIP12 - Publié dans : SPIP
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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /Déc /2009 20:41

Ce blog est avant tout un moyen de communication sur nos métiers méconnus. Mais comme tout le monde, nous avons une vie en dehors du travail.

J'inaugure donc cette rubrique "En dehors des murs" avec un texte très personnel...

Un avocat un peu connu de la blogosphère (
http://maitremo.fr/) m'avait conseillée il y a quelques mois d'écrire ce texte. Un Prof timbré ( http://www.monmelon.fr/ ) m'a donné le même conseil plus récemment...

Je me suis décidée à l'écrire, et je vous livre là une partie de ma vie...

J'ai emprunté le titre à une jeune femme courageuse (
http://sephrenia.centerblog.net/ ) et je l'en remercie.



18 juin, jour de l'appel. Il y a des appels que l'on n'oublie pas, jamais, quoiqu'il arrive. C'est mon frère qui m'a appelé ce jour là pour me dire que mon père avait fait un malaise cardiaque, que les pompiers et le samu étaient présents sur place et que l'on attendait de savoir où ils allaient l'emmener.

 

S'en sont suivis 12 jours de coma.

 

12 jours où tous les matins je téléphonais fébrilement au service de réanimation pour savoir comment s'était passée la nuit...


12 jours où je passais tous les après midi dans une chambre surchauffée à tenir la main brûlante de température de papa...


12 jours d'espoir, de doute, de découragement...


12 jours à essayer de garder l'espoir et surtout à essayer de remonter le moral de maman...

 

Et ce 12ème jour, alors que nous allions rendre visite à papa comme un jour "normal", ce 12ème jour ma vie a définitivement été bouleversée...

 

Le médecin, accompagné de son interne et de son externe, nous a annoncé qu'il n'y avait aucun espoir de réveil, qu'ils ne pouvaient plus rien faire, qu'il n'était pas humain de maintenir un patient dans cet état végétatif chronique, que la seule solution était d'arrêter l'assistance respiratoire...

 

A partir de ce moment là, ce sont 4 jours que je n'oublierai jamais.

4 jours pendant lesquels une force venue d'on ne sait où vous porte.

4 jours d'euphorie si j'osais... 4 jours où vous avez l'impression de vivre la scène avec une distance, comme si vous étiez là sans être là...

Le premier jour est le plus dur, préparation de la maison, le premier des nombreux contacts que vous aurez avec l'employé des pompes funèbres, le nombre de démarches à faire et l'attente à la morgue...

... où petit moment de réconfort, on vient vous demander si le défunt était contre le don d'organe et de tissus...

Et puis ce sont des témoignages d'amour, de soutien, de compassion de la part d'une quantité incalculable de gens, y compris ceux dont on n'attendait pas cela.

Le moment que je redoutais le plus était la mise en bière, et bizarrement, c'est après ce moment que je me suis trouvée la plus apaisée...

C'est l'été, il fait chaud, l'église est pleine, il y a même des gens dehors parait-il.... Mais je suis là, debout à côté de ma famille à recevoir les différents témoignages, à pleurer...


A 25 ans, j'ai tenu la main de papa en le regardant s'éteindre, les yeux fixés sur l'électrocardiogramme qui ralentissait jusqu'à en devenir plat.

 

A 25 ans j'ai perdu mon père, le héros de toute fille.

 

Aujourd'hui je sais que je ne le verrai plus jamais, qu'il ne me conduira jamais à l'autel le jour de mon mariage, qu'il ne sera pas là pour voir la naissance de mes enfants, qu'il ne sera plus jamais là pour me dire que même si j'ai choisi un drôle de métier, il est fier de moi...

 

Je crève de douleur et je ne peux rien faire.

 

Je suis fière de mon père. Il a fait don de ses cornées et a permis à deux personnes de mieux voir...
 

Ça fait maintenant presque 6 mois, et même si la douleur s'estompe peu à peu, certains évènements de la vie vous rappelle la vérité sans crier gare...

Il faut attendre, attendre que le temps passe et emporte peu à peu cette foutue douleur...

Il faut laisser le temps au temps...

Par CIP12 - Publié dans : En dehors des murs
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 19:20

L'une des missions du SPIP, et de l'administration pénitentiaire en général, est de favoriser et de maintenir les liens familiaux.

En cette période de l'année, cette dimension est encore plus présente.

Les hommes et les femmes incarcérés sont aussi des pères et des mères.
Et Noël est aussi une fête de famille.

Alors dans certains établissements, des goûters de Noël sont organisés.

Avec l'aide du Relais Enfant Parents (REP), un après midi est organisé entre les enfants et leurs parents.


Le REP s'occupe de contacter les différents éducateurs, de transmettre les listes pour les notes d'accès. C'est aussi le responsable du REP qui achète les victuailles pour nourrir tout ce petit monde.


Le SPIP fait quoi ? Et bien le reste.


A savoir que c'est nous qui préparons les notes d'accès, décorons, aménageons la salle,  préparons des assiettes avec les bonbons et gâteaux.
Il nous revient aussi de trouver un intervenant pour animer un peu cet après midi de fête. Au choix, conteur, magicien, chanteur...

Ça c'est en amont....

Le jour J, après avoir bien gentiment préparé la salle nous assistons à cet après midi. Alors, certes nous pouvons profiter du spectacle mais notre activité principale est... dame pipi.

Rien de discriminatoire dans cette appellation ! Les toilettes sont à l'extérieur de la salle et les détenus ne peuvent quitter cette salle. C'est donc nous qui emmenons les enfants jusqu'aux toilettes...

La première heure, on est assez tranquille. Mais à force de boire et de manger, ils ont vite envie de faire pipi ces petits !

Alors au bout d'une heure ce sont des allers-retours entre la salle et les WC, sachant qu'il y a plusieurs portes à franchir, et donc plusieurs secondes d'attente à chaque fois !

A la fin de ce moment en (demi) famille, il y a les séparations, difficiles autant pour les enfants que pour les parents.

Mais pour nous, ça ne se termine pas là ! Une fois que tout le monde est parti, nous devons ramasser les papiers de bonbons et ranger la salle !!

C'est seulement après, en fin de journée que nous pouvons retourner dans notre bureau et préparer nos 15 permissions de sortir et nos 10 avis de remises de peines supplémentaires pour la CAP à venir !!!

J'adore mon métier !

Sincèrement, être présent lors de cet après midi de fête nous apprend aussi plein de choses. Ça nous permet de voir comment se comporte le détenu avec ses enfants, les relations qu'ils peuvent avoir.

C'est finalement très instructif... Et puis malgré tout, ça nous permet de décoller le nez de notre ordinateur !

Par CIP12 - Publié dans : SPIP
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