Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 11:40

La question m'a été posée en privé, mais pourquoi ne pas y répondre avec un billet ? Enfin, tenter d'y répondre, puisque la question est toujours d'actualité...


Au printemps 2008, les CIP ont mené des mouvements de revendications (pas de grève, cela nous est interdit).
Sous fond de négociation de revalorisation indemnitaire une autre question s'est posée et a divisé l'ensemble des conseillers d'insertion et de probation.


Pour certains, nous sommes travailleurs sociaux, pour d'autres "criminologue".


Alors qu'en est il exactement ?
Je suis loin d'avoir la réponse, sinon je ne serais pas ici mais plutôt Place Vendôme !

Ce que je vous propose est d'écouter ma vision de mon métier et de vous faire votre propre opinion.
Je pense qu'il y a autant de vision du métier que de CIP. Tout dépend le parcours universitaire et professionnel de la personne mais aussi le service dans lequel elle travaille, à savoir milieu ouvert ou milieu fermé.


L'analyse que je fais est celle d'une titulaire d'une maîtrise de criminologie travaillant dans un établissement pour peine...

Ok, déjà là vous devinez vers quel côté je penche, mais quand même, je vous livre ma façon de penser.


Avant d'entrer dans les détails, je tiens à préciser deux ou trois choses.

La première est qu'il faut un niveau bac+2 pour passer le concours, mais la majorité des candidats est titulaire d'une maîtrise, voire d'un DEA.

Ce concours n'est pas réservé aux juristes. Certes la majorité d'entre nous est issue de fac de droit mais on rencontre aussi beaucoup d'autres cursus universitaires.

Maintenant, ma façon de penser...


Le travail en milieu ouvert recouvre selon moi pleinement les deux dimensions. Le côté probation ressort sans équivoque, puisqu'au final la PPSMJ vient essentiellement pour se justifier du respect des obligations.
Mais pas seulement, le CIP du milieu ouvert doit aussi aider la personne à comprendre son geste et à prévenir une récidive.
Le probationnaire, par nature a accès aux services sociaux de droits communs. En effet il est très simple pour lui de se rendre de lui même à la CAF chercher un dossier de retraite, un dossier RSA ou je ne sais quoi d'autre.

Je n'ai pas assez d'expérience en milieu ouvert pour clairement exprimer si le côté social ressort plus que le côté criminologique ou inversement.
Et finalement, je pense que la question se pose moins qu'en milieu fermé, notamment dans un établissement pour peine.

En centre de détention, nous sommes obligés à un moment ou un autre d'aborder les faits, le passage à l'acte, la personnalité du détenu. Essayer de comprendre pourquoi la personne est passée à l'acte et surtout, essayer de lui faire comprendre à elle même.

Pourquoi ?

Pour elle, comprendre peut permettre de maîtriser les causes et de ne pas recommencer.

Pour nous, ça nous permet de comprendre le contexte et de constater le cas échéant l'évolution de la personne face à cela. Ca nous permet "d'estimer", d'évaluer le risque de récidive et ainsi de préparer au mieux la sortie ou l'aménagement de peine.

Mais il y a une autre facette qui prend de plus en plus de temps...

Les détenus n'ont pas accès aux structures de droits communs.
Remplir un dossier de retraite, un dossier CMU-C, un dossier de RSA, un dossier de mariage...
Pour beaucoup d'entre eux, ils ont besoin de notre aide pour le faire. C'est notre travail, nous le faisons.

Il m'est arrivé très récemment de passer plus de deux heures à rechercher toutes les informations et compléter un dossier de mariage. Alors là je me demande si j'ai fait une maîtrise de criminologie pour ça...

Il m'est arrivé tout aussi récemment de passer plus d'une heure et demi en entretien avec une personne ayant demandé une libération conditionnelle, à discuter de son projet mais aussi et surtout des faits, de ses différents passages à l'acte, de ce que l'expert psychiatre peut penser du risque de récidive et de ce que lui même peut en penser...

Les deux m'ont usée, épuisée... mais je préfère de loin un entretien usant  que de remplir un dossier de mariage...
 
Alors bien sûr, le côté social fait parti de mon travail au quotidien, ne serait-ce que par le maintien des liens familiaux. Bien sûr que je me dois d'aider le détenu à entrer dans un parcours de droit commun.


La difficulté a été aussi de définir le terme "travail social" qui revêt des dimensions différentes pour pas mal de monde.

Je ne rechigne pas a exécuter cette facette du métier dans mes suivis, je trouve même cela indispensable, mais je me refuse à résumer ma tâche à du travail social.

C'est beaucoup plus complexe que ça. Il a été question, et il est encore question, que des assistantes sociales de secteur interviennent dans les SPIP afin d'effectuer certaines démarches relevant techniquement de leur compétences.

C'est une solution intéressante qui mérite d'être creusée. (Les défenseurs de la dimension sociale de notre métier vont me jeter la pierre, mais j'assume !)

La profession de criminologue en tant que telle n'existe pas en France, et je ne me revendique pas criminologue, loin de là...

Mais alors, au final, que suis-je ?

Assistante sociale ou pseudo-criminologue ?

Par CIP12 - Publié dans : SPIP
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 09:24

Avec beaucoup de retard, voici la seconde partie promise il y a plus d'un mois...

Pour beaucoup l'administration pénitentiaire c'est la prison.

Or, il existe des Personnels Pénitentiaires qui ne travaillent pas en prison, 
les Personnels d’Insertion et de Probation.
Ceux ci travaillent
 en milieu ouvert.

Les CIP (Conseillers d'Insertion et de Probation) travaillent dans une antenne placée en dehors d’un établissement pénitentiaire.


Ils suivent des PPSMJ (Personne Placée sous Main de Justice) appelées également des probationnaires.


Ces PPSMJ sont suivies pour différentes mesures.


Le SME (le Sursis avec Mise à l'Epreuve) :


On distingue deux sortes d'obligations : Les obligations générales et les obligations particulières.


Les obligations générales
sont prononcées quelque soit l'infraction commise.
Parmi celles ci, il y a celles de répondre aux convocations du CIP et du JAP, de recevoir le CIP en visite à domicile si celui ci l'estime nécessaire, de ne pas quitter le territoire français, et enfin de prévenir de tout déménagement.

Les obligations particulières
sont prononcées en fonction de l'infraction commise et de la situation individuelle.
Les plus courantes sont celles de soins (alcool ou stupéfiant, suivi psychologique ou psychiatrique), l'obligation de travail (ou de rechercher un travail), l'obligation d’indemniser les victimes. 

La personne peut aussi se voir poser des interdictions comme celles de fréquenter des débits de boissons ou d’entrer en contact avec les victimes.

Pour tous ces suivis, le probationnaire est convoqué régulièrement au SPIP (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation).
Lors de ce rendez vous, il doit amener les justificatifs permettant de contrôler le respect de ses obligations.


Le TIG
:

La personne est condamnée à un Travail d’Intérêt Général, à charge pour le CIP de trouver un lieu habilité pour qu’elle effectue ses heures de TIG.


Le SSJ
:

(le Suivi Socio Judiciaire) est prononcé lors de la condamnation (donc parfois 10 ans, 20 ans voire plus avant sa mise en place).

Pour les personnes qui n'ont pas fait l'objet d'une condamnation à un SSJ, une Surveillance Judiciaire peut être prononcée avant sa libération. Les personnes en SJ, sont elles aussi suivies par un CIP.

Pour le SSJ, comme pour la SJ, les obligations sont, là aussi, les mêmes que pour un SME.

Le CIP suit également les personnes placées sous contrôle judiciaire, à savoir les personnes mises en examen mais pour lesquels un mandat de dépôt n'a pas été délivré. De plus en plus ce suivi des contrôles judiciaires sont déléguées à des associations privées. Mais le travail reste le même.

Ils suivent également les personnes en libération conditionnelle. Là encore, les obligations potentielles sont les mêmes que pour les SME.

 

Le CIP fait des rapports réguliers au juge d’application des peines, et peut le cas échéant demander la révocation  ou la prolongation d’une mesure en cas de non respect des obligations. Avant d'en arriver à une révocation, le JAP peut faire un "rappel des obligations" auprès des PPSMJ. Une sorte d'avertissement.


En plus de ces suivis, le CIP de milieu ouvert effectue également des enquêtes

La POP :

Permanence d’Orientation Pénale, appelée aussi enquête sociale rapide. Il s’agit de rencontrer, parfois brièvement, la personne en garde à vue avant son passage devant le tribunal en comparution immédiate.


Cette enquête a pour but de faire le point sur la situation sociale et professionnelle de la personne. Elle peut également permettre au CIP d’informer le tribunal du respect ou non des obligations dans le cas d’un sursis avec mise à l’épreuve si la personne ne comparait pas pour la première fois… Cette enquête est obligatoire en cas de comparution immédiate. Cependant dans les faits, elle consiste simplement en un document figurant au dossier qui n'est pas toujours lu... Elle est parfois plus utile à l'avocat qu'au tribunal.

 

Le dossier d’un détenu demandant un aménagement de peine ou une permission de sortir doit, légalement, comporter différentes enquêtes.


L’enquête hébergement :

Afin de vérifier que la personne est bien d’accord pour accueillir le détenu, mais aussi pour vérifier s’il n’y a pas une tendance à consommer des boissons alcoolisées ou de produits stupéfiants ou encore la présence d’enfants au domicile…


De plus en plus l’enquête hébergement se couple à une enquête de faisabilité PSE (Placement sous Surveillance Électronique). Il s’agit de vérifier si le domicile est équipé d'une ligne téléphonique compatible avec le système du PSE
.


L’enquête employeur
:

Elle consiste à vérifier la véracité de la promesse d’embauche. Elle permet aussi de constater si l’employeur n’a pas de problème avec la justice (comme une condamnation pour travail dissimulé par exemple…)

L’enquête la plus difficile à réaliser est sans aucun doute l’enquête victime.


Le CIP doit contacter la victime, d’une part pour savoir où elle réside (si elle habite la maison voisine du lieu d’hébergement du détenu, c’est pas forcément une bonne idée…) et, d’autre part, savoir ce qu’elle pense de la demande d’aménagement de peine de la personne.

Et je peux vous assurer que nous sommes parfois supris des conclusions d'une enquête victime. Il arrive en effet et pas exceptionnellement, que la victime ne s'oppose pas catégoriquement à la sortie "anticipée" du détenu.

Le CIP de milieu ouvert est aussi parfois saisi pour réaliser des enquêtes dans le cadre de l'article 723-15 (
link ) du code de procédure pénale. Pour résumer, en cas de condamnation à moins d'un an de prison ferme, cette peine peut être aménagée, le plus souvent sous forme de placement sour surveillance électronique mobile.

Il est question que le quantum des peines fermes aménageables passe d'un an à deux ans... Alors ça luttera un minima contre la surpopulation carcérale, mais ça ne facilitera pas l'aménagement de ces peines.

Plus de travail encore pour les CIP, et puis tenir deux ans en bracelet électronique... cela reste assez difficile...

Par CIP12 - Publié dans : SPIP
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /Août /2009 12:34
L'administration pénitentiaire (AP) est une administration peu connue. Les différents métiers de l'AP le sont tout aussi !

Il y a bien sûr les personnels de surveillance, les personnels de direction, les personnels administratif et les personnels technique.

Il existe une dernier corps de personnels dans l'AP. Les personnels d'insertion et de probation.

Ce dernier corps est peu connu, y compris au sein de l’administration pénitentiaire elle même. Il est très récent puisque créé en 1999.
Avant cette date, il y avait des éducateurs ou des assistantes sociales. Nombreux encore sont les surveillants qui nous appellent comme cela.

Nous sommes un peu plus de 3000 conseillers d’insertion et de probation (C.I.P).

Nous exerçons au sein des établissements pénitentiaires, bien évidemment mais aussi à l'extérieur, en milieu ouvert, ce qui fera l'objet d'un prochain article.
 
 

Avant d’expliquer le travail d’un CIP en milieu fermé, je me permets un petit rappel sur les différents établissements pénitentiaires.


Les MA (Maisons d’Arrêt) accueillent, en théorie, les personnes en détention provisoire, donc en attente d’être jugées. En pratique, il y a de plus en plus de personnes condamnées incarcérées en maison d'arrêt.


Les CD
(Centres de Détention) et les MC (Maisons Centrales) accueillent les personnes condamnées. La différence entre les CD et les MC est surtout sécuritaire.

La longueur de la peine ne compte plus forcément, il y a en effet des condamnés à perpétuité en CD, ainsi que des détenus approchant de leur fin de peine en MC.

Maintenant que le décor est planté, je me lance dans l’explication du travail d’un CIP en milieu fermé.

 

En maison d’arrêt, il s’agit souvent de travailler dans l’urgence.

La personne qui est arrêtée à la sortie de son travail, amenée en garde à vue, puis qui suit toute la procédure (que je me garderai bien d’expliquer) avant de se voir notifier son placement en détention provisoire, arrive donc directement en prison, sans affaire, souvent déboussolée et fatiguée.
Sachant que ces arrivées peuvent se faire de jour comme de nuit.

Le CIP reçoit la personne en "entretien arrivant", lui explique les missions et le rôle du SPIP (service pénitentiaire d'insertion et de probation), recueille un certain nombre d'éléments concernant la situation du prévenu.
Suite à cet entretien, le CIP prévient sa famille et parfois essaie de lui trouver des vêtements de rechange.

Il arrive parfois aussi que le CIP doive trouver une solution pour les chiens restés seuls au domicile...

Le CIP rencontre régulièrement le détenu pour répondre à ses questions et pour faire le lien avec la famille qui n’a pas la possibilité d’avoir le détenu au téléphone
Ceci dit, le téléphone arrivant progressivement en MA, (ceux autorisés, pas les portables entrés en toute illégalité) le prévenu pourra joindre sa famille sans être obligé de passer par un intermédiaire.

Pour les personnes condamnées et incarcérées en maison d’arrêt, le travail du CIP de MA se rapproche du travail du CIP en CD.

 

En CD, le travail est plus centré sur la réinsertion.


Un CIP de milieu fermé rédige les rapports et donne son avis sur la demande d’aménagement de peine formulée par le détenu. Une fois l'aménagement de peine, le détenu est suivi par un CIP travaillant en milieu ouvert. Les différents aménagements de peine seront donc expliqués dans un autre article.

Il signale également parfois au juge et/ou au parquet un détenu qui serait dangereux ou qui présenterait un risque de récidive, dans le but de voir prononcer une mesure de surveillance judiciaire.


Lorsqu'un détenu dépose une demande d'aménagement de peine, il passe en débat contradictoire, ou devant le tribunal d'applications des peines (selon la peine et le reliquat de peine). Pour cela le CIP rédige un rapport et l'administration pénitentiaire émet un avis.
Lors de ces débats, sont présents le (ou les) JAP (juge d'application des peines), le parquet, un représentant de l'administration pénitentiaire, le détenu et son avocat. Il me semble (mais c'est à confirmer par un avocat qui se serait perdu ici...) que l'avocat de la partie civile peut aussi être présent lors de ces débats. Mais c'est extrêmement rare.


Le CIP participe à différentes commissions.

La principale est la CAP (Commission d’Application des Peines). C’est lors de cette commission que se décident les permissions de sortir. Le CIP présente de façon objective la situation du détenu et donne son avis sur l’opportunité de la permission de sortir.

D’autres personnes donnent également leur avis avant que le juge d’application des peines ne prenne sa décision. (la direction, l'officier pénitentiaire et le procureur)
Ces échanges permettant à chaque intervenant d'apporter des éléments et de faire le point sur une situation particulière. C'est bien souvent au cours de ces CAP que le parquet demande au CIP de faire un rapport sur un détenu en vue du prononcé d'une éventuelle surveillance judiciaire.

Lors de ces commissions, on examine également les remises de peine supplémentaires.
On étudie sur un an les efforts faits par la personne et on donne notre avis sur l’octroi ou non de remises de peines.
Plusieurs critères sont pris en compte pour l'octroi ou non de ces RPS : les activités en détention, l'indemnisation des parties civiles ainsi que le suivi thérapeutique, qu'il soit psychologique, psychiatrique ou encore le suivi concernant une dépendance alcoolique ou toxicomaniaque.
 
C'est également lors de ces CAP que sont décidés le retrait des CRP (crédits de réduction de peine). Le CIP n'émets pas d'avis pour ces retraits, mais en quelques mots je vais vous expliquer de quoi il s'agit.
A l'arrivée du détenu en détention, le CRP est calculé, il s'agit de réductions de peine accordées au détenu en supposant que celui ci aura un comportement correct. si au cours de son incarcération celui ci fait l'objet de CRI (compte rendu d'incident), des remises de peine peuvent être retirées proportionnellement au nombre de jours effectués en quartier disciplinaire.

Il y a d’autres commissions comme la commission PEP(Parcours d’Exécution de Peine), où les différents services intervenants en détention se réunissent pour faire le point une fois par an sur la situation du détenu. Dans ces commissions, aucune décision n'est prise. Il s'agit essentiellement de faire un bilan pluri disciplinaire sur le parcours d'exécution de peine du détenu. (ses activités en détention, les efforts fournis dans le cadre de la réinsertion…).
Le fonctionnement des  "CO-PEP" est différents dans chaque établissement. Généralement des objectifs sont fixés au détenu. Cela peut aller du simple mais efficace encouragement à poursuivre les efforts fournis, à l'incitation d'indemniser la victime ou de préparer sa sortie.


Le CIP donne aussi son avis lors des commissions de classement. Lorsque le détenu demande à être classé à un poste de travail ou en formation, on se réunit afin de décider de l’opportunité de classer cette personne à tel ou tel poste. Les critères de classement sont assez multiples, selon les compétences du détenus, sa motivation... Si deux détenus se trouvent  "en concurence" pour un même poste, le détenu indigent sera prioritaire.

Le statut d'indigent se décide lui aussi lors d'une commission, la commission d'indigence. Sont présents, la direction, la détention, le SPIP, et également les généreux donateurs (en général des associations du type Secours Catholique ou Croix Rouge). On étudie les cas des détenus dont le "pécule disponible" ne dépasse pas une certaine somme. Il m'est très difficile de vous donner les critères pris en compte, ils sont assez flous...
Dans certains établissements, il n'y a aucune association qui finance le don indigent. La commission existe pourtant, pour différentes raisons. En effet, même s'il ne reçoivent pas les 15€24 d'indigence, la télévision, le frigo sont alors gratuits.


Une commission moins réjouissante, la commission suicide. Il s’agit d’évaluer le risque suicidaire de la personne et de décider si elle est ou non placée en surveillance spéciale …
Ce thème d'actualité est matière à un article à lui tout seul ... Il vous faudra donc patienter un petit peu pour en savoir plus...

 

Beaucoup de réunions à préparer, donc, et auxquelles il faut participer.


En plus de ça, nous allons rencontrer les détenus en détention pour répondre à leurs interrogations et les orienter vers les services compétents.

Mais le rôle principal du CIP en établissement est de "réinsérer" la personne, de la préparer à la sortie et d'essayer de lutter contre la récidive.
Pour cela nous devons étudier les dossiers bien sûr. Ce qui suppose de lire le réquisitoire définitif (beaucoup plus complet que l'arrêt de la Cour d'Assises) ainsi que les expertises psychiatriques. 
Il est parfois difficile de lire ce genre de réquistoires. On y lit des choses horribles et on se demande comment la nature humaine peut être capable de ce genre de choses ...

Nous devons aussi aborder les faits avec les détenus. Afin d'évaluer la reconnaissance des faits et l'évolution du détenu quant aux faits commis. Cela amène parfois des entretiens difficiles à vivre.
Pour plusieurs raisons. Certains prennent un malin plaisir à vous raconter les faits, dans les détails. Ceux là, on les repère très vite et si l'évocation des fais provoquent du plaisir chez eux, on peut déja sensiblement douter quant au risque de récidive ...
La deuxième cause d'entretien difficile est la négation des faits... quand le détenu nie les faits alors que réquisitoires, expertises et autres enquêtes au dossier ne laissent aucun, ou presque aucun doute, il est difficile de travailler. 
C'est même parfois déconcertant de voir à quel point une personne peut nier l'évidence avec aplomb  ...
Là aussi la dangerosité potentielle et le risque de récidive sont à craindre. Ou du moins sont envisagés.
 

Nous avons aussi parfois d’autres choses à faire, nettement moins porteuses d’espoirs : lorsqu’une personne nous appelle pour nous annoncer le décès d’un membre de la famille d'un détenu.
C’est à nous que revient la triste tâche d’aller annoncer cette mauvaise nouvelle au détenu, et s’il le faut préparer une permission de sortir en urgence pour que la personne puisse se rendre aux obsèques.



Le métier de CIP se rapproche du métier de criminologue parfois, d'assistante sociale souvent, de psychologue ou encore "d'empêcheur de tourner en rond" ...

Pas le temps de s'ennuyer!!!!

Par CIP12 - Publié dans : SPIP
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Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /Août /2009 20:14

En guise de premier article, je vous propose de (re)lire mes premiers pas en matière d'expression de mon opinion sur internet. Il s'agissait d'un billet paru sur le site de Maître Éolas (lien à l'acceuil) le 23 octobre 2008. Ce jour là, il laissait "libre plume" aux acteurs de la Justice en France, à commencer par les juges qui manifestaient en ces temps là leur colère. A l'invitation de l'un d'entre eux, je m'étais lancé à l'époque. Voila le résultat.



Bonjour, à défaut de la parole d'un Magistrat, je vous propose ici celle d'un autre acteur de la Justice : le Surveillant Pénitentiaire.


Paranoïa. C'est ce que je ressent dès que je franchi les grilles de la détention. Être toujours sur le qui-vive. Se méfier de tout et de tous. Des détenus, tout d'abord. Ne jamais leur tourner le dos. Si on a de la chance, il nous font remarquer notre étourderie gentiment, sinon ... Les détenus passent beaucoup de temps à nous tester, à déterminer quel niveau de "liberté" chaque Surveillant peut leur accorder. Car dans le monde carcéral, "la liberté" peut prendre des aspects très différents : être le dernier à sortir de sa cabine de parloir et avoir ainsi 5 minutes de plus avec sa femme et ses enfants que la 1/2 heure réglementaire, aller en dernier à la douche et y être presque seul, bénéficier d'un poste "d'auxi" et ainsi pouvoir sortir plus souvent de sa cellule pour les tâches quotidiennes d'entretien, passer tel ou tel objet à la cellule d'à coté lors de la distribution du repas ...


Mais il faut aussi se méfier des autres : visiteurs, aumôniers, service de santé, éducation nationale, ... Non pas qu'il représente un même danger que nos hôtes, mais dès qu'ils posent le pied sur la coursive, c'est sous ma responsabilité. Les dernières prises d'otages sont toujours en mémoire. De plus, leur perception du monde carcéral est différente de celle des Surveillants, ils n'ont pas forcement les "réflexes sécuritaires" comme on dit. Mais voici un Officier sur ma coursive. Allons bon, que me veut-il ? Je recompte mentalement mon nombre de détenus "en stock" et fait le point sur la position théorique des autres. L'Officier vérifie, j'ai bon. Ouf. De la hiérarchie aussi il faut se méfier. Véritables champions du parapluie. Là, c'est ce qui est arrivé aux Collègues d'Amiens que j'ai en mémoire.


Je contrôle à nouveau le cahier de consignes de mon aile. Qui l'a rédigé au service précédent ? A t il bien noté tout ce qui était important ? N'a t il pas oublié les demandes de changement de cellule ? Les changements de comportements remarqués ? Les locaux fouillés ? De mes propres Collègues aussi, il faut que je me méfie : une information omise, et un détenu peut faire une TS, une overdose, se faire racketter ou frapper, voir y rester durant mon service, alors que l'alerte aurait pu être donnée bien avant. un bip retenti faiblement à mon ceinturon : c'est ma radio dont la batterie vient de rendre l'âme : Du matériel aussi, il faut se méfier. D'ailleurs, la moitié des ampoules de la coursives sont mortes depuis longtemps, il faudrait les changer, mais plus d'argent pour cela. L'hiver approche, il fera de plus en plus sombre et si il y a une agression, les Collègues ne le verront pas forcement dans la pénombre du couloir. Seul mon sifflet d'alarme est fiable : je l'ai acheté. Celui en plastique fourni avec l'uniforme n'a pas bonne réputation, et je ne veux pas que ma vie en dépende.


Je m'apprête à effectuer ma fouille de cellule quotidienne pendant que ses occupants sont en promenade. Un coup de pied dans la porte pour déloger les cafards nichant entre celle-ci et le chambranle afin qu'ils ne me tombent pas dans l'encolure lorsque j'ouvrirai. 9 m², un WC avec lavabo dont la porte a disparu depuis longtemps, quelques étagères saturées, une armoire (pour trois) bondée, une petite table (boite en carton retournée) avec deux tabourets, une télé sur applique murale, trois lits superposés : comment ont-ils fait, il ne peut en tenir que deux en hauteur !? Ah oui, les pieds de celui du bas ont été sciés afin d'en empiler un troisième : idée de génie de la Direction. Du coup, celui qui dort en bas est presque au niveau du sol, et celui qui dort en haut n'a pas intérêt à se relever trop brusquement. Et il reste même de la place pour poser un matelas par terre et ainsi rajouter un quatrième locataire. Je me rappelle de me méfier de la prise électrique car elle est souvent trafiquées pour pouvoir y brancher plus qu'un appareil : "toto" (résistance électrique) pour réchauffer le café ou chargeur de portable improvisé. Je regarde les murs, couverts de photos de familles ou de femmes nues couvrant à peine la peinture écaillée et des générations de graffitis laissés là par tous les anciens occupants, y compris quelques messages destinés à ceux de ma profession. Les parois de l'armoire n'y ont pas échappées. La fouille continue, je confisque le "yoyo" (sorte de corde artisanale fabriquée avec un drap [et permettant de se passer des objets d'une cellule à l'autre par la fenêtre - ajout d'Eolas]) et note sur mon carnet qu'il faudra le signaler à mon supérieur : encore un compte rendu à faire. J'ai de la chance, ces détenus ont un bonne hygiène et font le ménage. Ce n'est pas le cas de tous, beaucoup de cellules sont d'une insalubrité exceptionnelle. J'examine la fenêtre dont certains carreaux manquent et aperçois au pied du bâtiment d'en face les impressionnants monceaux de détritus que les détenus jettent complaisamment par les fenêtres. Pourtant, les poubelles des cellules sont ramassées tous les jours. Le bon coté des choses, c'est que cette manne permet de bien nourrir les chats errants qui ont envahi la prison : ils sont tellement replets qu'ils ne courent même plus après les corbeaux, les mouettes et les pigeons qui partagent leur pitance.


Je m'interroge : comment faire pour supporter cela ? Environ 21 heures d'enfermement par jour en Maison d'Arrêt. Je sais ce que l'on dit : ce ne sont pas des anges si ils sont ici, mais en Maison d'Arrêt, il y a aussi des prévenus supposés innocents jusqu'à preuve du contraire. Des prévenus attendent leurs jugements parfois deux ans, pour s'entendre confirmer leur innocence. Qu'ont-ils subi en attendant ? Là, c'est Outreau que j'ai en mémoire. Certains détenus "s'évadent" dans des activités fournies par l'Administration Pénitentiaire (cours, formations, travail pénitentiaire, ...), mais il n'y en a pas assez pour tous. C'est même le signe d'un privilège exceptionnel que d'y avoir accès. Pareil pour le sport : pas assez de moniteurs, pas assez de matériel. D'autres (la majorité en fait) le font par oisiveté, devant la télé ou sur la console de jeux. D'autres encore s'enfuient dans un monde de léthargie ou de sommeil fourni par des stupéfiants ou des psychotropes. Mais est-ce pour cela qu'ils sont enfermés à l'écart de la société ? Ne doivent-ils pas mettre ce temps à profit pour "réfléchir aux conséquences de leurs actes et aux moyens de s'amender" ? Quand je parle avec eux, beaucoup (mais pas tous) se placent plutôt en victime de la société et/ou des circonstances, minimisant voir reniant complètement les torts éventuels à autrui. D'aucun jure qu'il ne remettra plus jamais les pieds en prison, mais au fil des ans les habitués reviennent toujours.


Mais surtout, qu'elle est ma place ici ? En fait je fais ce métier à défaut d'autre chose, non par vocation mais par besoin, pour payer mon loyer. J'ai tout de même appris à l'aimer ce métier. Je suis Gardien de prison, et ma tâche est de protéger les citoyens de ce pays en assurant la surveillance des détenus durant leur incarcération. De même, j'ai le devoir de restituer à la société ces détenus dans un bon état : c'est à dire que je dois veiller à ce qu'ils aient accès aux soins, à l'éducation, à l'emploi, à leurs familles, à leurs avocats. Ce sont les droits fondamentaux des détenus. Bref, tout ce qu'il faut pour aider à leur réinsertion sans récidive. Je sais, je suis un idéaliste. Comment est-ce possible dans de telles conditions ? Sur ma coursive, 42 cellules, 95 détenus et je suis seul face à eux. La surpopulation et le manque de moyens, tant humains que matériels, tuent dans l'œuf la moindre tentative de travail de réinsertion, et ce ne sont pas mes Collègues Conseillers d'Insertion et de Probation qui diront le contraire, avec leurs 175 dossiers à suivre chacun.


Faute de places, les mélanges de détenus, prévenus et condamnés, jeunes ou vieux, délinquants et criminels, transforment les prisons en viviers de la délinquance et de la criminalité. C'est cela aussi, la surpopulation carcérale.


De fait, je me sens frustré de n'être qu'un porte-clefs, juste bon à ouvrir et (surtout) fermer des portes. Ce n'est pas vraiment ce qui est "vendu" dans la publicité du Ministère de la Justice pour mon métier. D'ailleurs, je n'ai jamais bossé dans une taule aussi immaculée. On pourrai presque manger par terre tellement elle est clean. Elle est tellement propre qu'elle ne doit pas servir, c'est pas possible. Ceux qui entrent dans la profession d'après cette pub vont être sacrément déçus... Ainsi que les futurs détenus qui ne connaissent pas encore la prison, d'ailleurs. J'espère sincèrement que cette publicité n'est pas l'exacte vision d'une prison qu'ont nos dirigeants de la Pénitentiaire, car si c'est le cas, je crains le pire pour l'avenir.


Là, c'est de mon Ministère que je me méfie.


Voilà. Je vous invite à aller sur le site de Maitre Éolas pour y lire aussi les commentaires et ainsi avoir divers points de vue, des infos supplémentaires et vous faire une opinion.

Ça date de plus de dix mois, et peu de choses ont changé depuis.

Ou plutôt si, beaucoup de choses ont changé : encore plus de détenus, un accroissement des suicides (tant du côté des détenus que des personnels), la suppression des juges d'instruction, des réformes à la pelle, .... Il y a eu aussi le ras le bol des surveillants en mai dernier, avec son lot de gaz lacrymogène, de coups de matraques, de tirs de flashballs. Force de l'ordre contre force de l'ordre, simplement parce que nous les surveillants, nous voulons travailler dans des prisons qui ne soient plus qualifiées de "honte de la République".

Karc'Hariad.

Par K'H - Publié dans : Détention
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Samedi 8 août 2009 6 08 /08 /Août /2009 10:58

Ce blog est tenu à quatre mains.

Pour palier aux soucis techniques et d'utilisation et pour plus de compréhension dans nos réponses à vos commentaires nous essaierons de signer nos articles (quand nous ne l'oublierons pas !)

De plus nous avons la possibilité de répondre tous les deux dans une même fenêtre à vos commentaires. Après quelques essais, et pour plus de compréhension nous avons décidé d'utiliser des couleurs différentes.

K'H (Karc'Hariad) écrira en bleu. (logique le surveillant, c'est lui!)
Moi (CIP12) j'écrirai en rouge.

Nous apporterons sûrement d'autres modifications (et améliorations ?) au fur et à mesure.

Si vous avez des idées, n'hésitez pas à nous le faire savoir !

Dernière petite recommandation, ce blog se veut sympathique et détendu, merci d'en faire de même dans vos commentaires. Merci de ne pas faire d'attaque personnelle envers les commentateurs ou les auteurs de ce blog ...

Le sujet des prisons peut être la source de nombreux commentaires, de divergences d'opinions, ainsi que de réactions exacerbées de la part des visiteurs. Chacun a le droit d'avoir son opinion, son propre point de vue. Par contre, il est hors de question que l'expression employée à cette fin soit injurieuse ou désobligeante envers qui que ce soit.

K'H y travaille bénévolement en dehors de ses heures de service, mais n'hésitera pas à coiffer sa casquette de Surveillant et faire preuve de toute son autorité si jamais quelqu'un s'aventurait à manquer de courtoisie sur ce blog.

Les critiques sont les bienvenues quand elles sont constructives ! 

Par CIP12 - Publié dans : Accueil Arrivant
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