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Regards croisés sur l'intérieur
Ce blog est avant tout un moyen de communication sur nos métiers méconnus. Mais comme tout le monde, nous avons
une vie en dehors du travail.
J'inaugure donc cette rubrique "En dehors des murs" avec un texte très personnel...
Un avocat un peu connu de la blogosphère (http://maitremo.fr/) m'avait conseillée il y a quelques mois d'écrire ce
texte. Un Prof timbré ( http://www.monmelon.fr/ ) m'a donné le même conseil plus
récemment...
Je me suis décidée à l'écrire, et je vous livre là une partie de ma vie...
J'ai emprunté le titre à une jeune femme courageuse (http://sephrenia.centerblog.net/ ) et je l'en remercie.
18 juin, jour de l'appel. Il y a des appels que l'on n'oublie pas, jamais, quoiqu'il arrive. C'est mon frère qui m'a appelé ce jour là pour me dire que mon père avait fait un malaise cardiaque, que les pompiers et le samu étaient présents sur place et que l'on attendait de savoir où ils allaient l'emmener.
S'en sont suivis 12 jours de coma.
12 jours où tous les matins je téléphonais fébrilement au service de réanimation
pour savoir comment s'était passée la nuit...
12 jours où je passais tous les après midi dans une chambre surchauffée à tenir la main brûlante de température de papa...
12 jours d'espoir, de doute, de découragement...
12 jours à essayer de garder l'espoir et surtout à essayer de remonter le moral de maman...
Et ce 12ème jour, alors que nous allions rendre visite à papa comme un jour "normal", ce 12ème jour ma vie a définitivement été bouleversée...
Le médecin, accompagné de son interne et de son externe, nous a annoncé qu'il n'y avait aucun espoir de réveil, qu'ils ne pouvaient plus rien faire, qu'il n'était pas humain de maintenir un patient dans cet état végétatif chronique, que la seule solution était d'arrêter l'assistance respiratoire...
A partir de ce moment là, ce sont 4 jours que je n'oublierai jamais.
4 jours pendant lesquels une force venue d'on ne sait où vous porte.
4 jours d'euphorie si j'osais... 4 jours où vous avez l'impression de vivre la scène avec une distance, comme si vous étiez là sans être là...
Le premier jour est le plus dur, préparation de la maison, le premier des nombreux contacts que vous aurez avec l'employé des pompes funèbres, le nombre de démarches à faire et l'attente à la
morgue...
... où petit moment de réconfort, on vient vous demander si le défunt était contre le don d'organe et de tissus...
Et puis ce sont des témoignages d'amour, de soutien, de compassion de la part d'une quantité incalculable de gens, y compris ceux dont on n'attendait pas cela.
Le moment que je redoutais le plus était la mise en bière, et bizarrement, c'est après ce moment que je me suis trouvée la plus apaisée...
C'est l'été, il fait chaud, l'église est pleine, il y a même des gens dehors parait-il.... Mais je suis là, debout à côté de ma famille à recevoir les différents témoignages, à pleurer...
A 25 ans, j'ai tenu la main de papa en le regardant s'éteindre, les yeux fixés sur l'électrocardiogramme qui ralentissait jusqu'à en devenir plat.
A 25 ans j'ai perdu mon père, le héros de toute fille.
Aujourd'hui je sais que je ne le verrai plus jamais, qu'il ne me conduira jamais à l'autel le jour de mon mariage, qu'il ne sera pas là pour voir la naissance de mes enfants, qu'il ne sera plus jamais là pour me dire que même si j'ai choisi un drôle de métier, il est fier de moi...
Je crève de douleur et je ne peux rien faire.
Je suis fière de mon père. Il a fait don de ses cornées et a permis à deux
personnes de mieux voir...
Ça fait maintenant presque 6 mois, et même si la douleur s'estompe peu à peu,
certains évènements de la vie vous rappelle la vérité sans crier gare...
Il faut attendre, attendre que le temps passe et emporte peu à peu
cette foutue douleur...
Il faut laisser le temps au temps...
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Texte magnifique et plein de tendresse... je ne pouvais décemment aller me coucher sans lire ça !
Sinon, merci Sophie!
"Il faut attendre, attendre que le temps passe et emporte peu à peu cette foutue douleur..."
j'avoue avoir très peur que mon commentaire soit maladroit. J'espère que la douleur passera avec le temps et laissera place aux souvenirs émus de tous les bons moments passés avec votre père.
Je confirme : il est très beau votre texte et plein de tendresse
Le temps passe et la douleur s'estompe. L'approche des fêtes de noël la ravive un peu, mais les souvenirs sont bien présents et réconfortent.
Un clown un peu PiTRe me répète depuis quelques mois maintenant que je dois me souvenir de ces bons moments et ne pas rester dans ma douleur et ma tristesse.
La tristesse sera je pense toujours plus ou moins présente, de façon différente parfois.
J'avais peur que ce texte soit maladroit, trop personnel. Ecrit sous un gros coup de blues, j'avais peur qu'il ne reflète que ma tristesse, alors merci à vous, comme à Sophie, d'avoir ressenti la tendresse que j'éprouve...
Mais aucun souci ma petite Sophie!
Même si je reste persuadée que tu aurai fait tout aussi bien que moi!
Même si je crois que les mots ne pourront jamais exprimer tout ce que vous ressentez...
En effet, les mots ne seront jamais suffisants, mais en l'occurence ils m'ont permis d'apaiser un peu mes maux...
@ tous, je pense que je vais aller relire mon texte, parce que publié sur un coup de tête, je n'ai pas l'impression qu'il soit si beau ou si tendre...
Le retoucher un peu, oui, pourquoi pas, je suis bien placée pour savoir qu'il y a toujours quelque chose à revoir dans ce qu'on écrit... Mais il ne faudrait surtout pas vouloir le mettre hors ligne, fût-ce à des fins de révision.
Oui, il est beau. Oui, il est tendre.
Non, il n 'est pas permis de douter de la sincérité du compliment.
Je le laisse en ligne, tel qu'il est...
Avec tous les commentaires reçus, je commence à en être un peu convaincue...
Je comprends mieux, ailleurs, le ton mélancolique d'Athéna à l'évocation de Zeus. Texte magnifique et plein de tendresse.
Je vous demande pardon d'avoir ravivé votre chagrin. "La vie des morts est la mémoire des vivants" disait à peu de chose près Cicéron. Votre père vivra en vous et sera présent aux événements heureux ou malheureux qui marqueront votre existence.
"Sit tibi vita levis" (que la vie te soit légère)
Bonjour Monseigneur,
Merci pour votre compliment.
Ne vous inquiétez pas pour le ton mélanconique d'Athéna.
Pardonnez moi d'avance ce blasphème, mais mon père était, et est, à mes yeux, ce que le père d'Athéna était pour tous, un Dieu...
Pas top cette émoticone mais c'est celle qui se rapproche le plus du rouge timide et touché qui m'est monté aux joues en te lisant ma chère Elhana...
Courage. Il faut laisser du temps au temps.
Je dois avouer que les larmes coulent encore régulièrement, mais de moins en moins souvent quand même...
Comme vous le dites si bien Pahdoc, elle couleront tout le temps mais la douleur finira par s'estomper...
Merci.
Il vous a déjà légué le meilleur conseil ,plutôt le double conseil en permettant à d’autre de mieux percevoir : Bien regarder et être généreux .
Mitterrand le disait aussi : Il faut laisser le temps au temps .
Tout simplement, merci.
Salah chez toi, Cipette, j'en suis kjalouse... tu vois que tu as du talent !
Et si, pour l'une des personnes qui vous était la plus proche, en l'occurrence votre père ; elle s'est arrêtée physiquement, elle continuera à l'être, bien réelle, au plus profond de votre âme, et de votre coeur. Vous étiez là jusqu'au bout, et l'avez accompagné vers cet autre, même si vous n'étiez pas là au moment fatidique. Il est certainement parti trop tôt comme tous ceux qui nous quittent prématurément, mais il vous a tranmis au moins ce qu'i était, a fait de vous, en partie, ce que vous êtes. Aussi, de cette manière, il continuera à vivre au travers de vous, sa fille.. Accrochez-vous..et je pense qu'il est temps que je me taise, car tout aussi puissants que puissent être de simples mots, ça ne reste que de l'écriture.....de la pure littérature face à la vraie vie et ses douleurs biens réelles...
Mes mots m'ont permis de poser ma douleur, et vos mots, ainsi que ceux de tous les commentateurs m'ont touchée au plus profond.
C'est peut être pas grand chose pour vous, mais pour moi c'est beaucoup de baume au coeur...
Et cette période de Noël est malgré tout propice au coup de blues...
Alors merci à vous Tino²